—  4 juin 2018

Michel Dantin (PPE): « Attention à ne pas signer à terme l’arrêt de mort de la PAC »

Le député européen (LR, PPE) regrette que « la France n’ait pas pris clairement position pour défendre le budget de la Politique agricole commune »;

Isabelle Marchais, L’Opinion, 1 June 2018,

Copyright 2018 L’Opinion All Rights Reserved

La Commission européenne présente vendredi ses propositions législatives de réforme de la politique agricole commune pour la période de programmation budgétaire 2021-2027, dans lesquelles elle devrait recommander de décentraliser au maximum les prises de décision. De quoi inquiéter les agriculteurs français, déjà fortement préoccupés par la réduction du budget de la PAC et du montant des aides directes annoncée le 2 mai.

Pourquoi avoir parlé de « hold-up organisé » à propos des orientations de la Commission pour le budget post 2020 de la PAC ?

Dans les premières analyses qui étaient sorties, la Commission évaluait la baisse du soutien direct au revenu des agriculteurs à 3,9 % en euros courants. J’ai aussitôt réagi en disant que la diminution, en euros constants, serait en fait beaucoup plus importante, de 15 % en 2027 pour les paiements directs, et de 25 % pour le second pilier, celui du développement rural. Depuis, de nouvelles informations sont sorties de la Commission, confirmant ces chiffres. Il ne faut pas oublier qu’en France, les aides directes représentent 47 % en moyenne du revenu des agriculteurs. Or, à l’inverse des mesures de développement rural, les pays ne pourront pas compenser la baisse des aides européennes puisqu’il n’y a pas de cofinancement possible sur le premier pilier. Toute réduction sera donc une perte sèche pour les agriculteurs.

La Commission présente vendredi ses propositions de réforme de la PAC. A quoi vous attendez-vous ?

A une politique agricole commune dépecée. Les directions générales du climat et de l’environnement de la Commission ont dans la dernière ligne droite mis la main sur une grande partie du budget agricole, qui dès lors ne serait plus un budget de soutien à une activité économique mais un budget d’accompagnement de la contrainte environnementale. C’est inacceptable. Avec les propositions qui vont être présentées vendredi, on n’aura plus de cadre européen fort déclinant une vision politique pour l’agriculture européenne, mais une multitude de copies nationales potentiellement divergentes. Jusqu’à présent, vous aviez une manière commune de distribuer l’argent à l’hectare, des moyens de contrôle communs. Si les clefs de fonctionnement sont différentes dans chaque pays membre, on va exacerber les distorsions de concurrence et c’en sera fini demain de la politique agricole commune. Attention à ne pas signer à terme l’arrêt de mort de la PAC ! C’est vrai que dans une Europe à 27, il est plus difficile d’avoir quelque chose de prescriptif que dans une Europe à 6 ou à 12. Mais de là à aller aussi loin que la Commission le propose, cela me paraît complètement fou.

Emmanuel Macron a semblé hésiter sur la position à tenir, avant de tenir un discours beaucoup plus ferme.

Je vous renvoie à la déclaration, le 29 mai au Parlement européen, du commissaire Oettinger, qui a exprimé un doute sur la volonté de la France en matière de budget européen. La France n’a pas pris clairement position pour défendre le budget de la PAC, dont elle est pourtant la première bénéficiaire. Malheureusement, il y a eu des expressions diverses au cours des derniers mois, avec des déclarations qui allaient dans un sens et des papiers envoyés à la Commission qui allaient dans un autre. Les signaux qui nous viennent de Paris montrent que Bercy est hostile à l’augmentation de la contribution de la France au budget européen. Mais la décision appartient au seul président de la République car la partie recettes du budget européen dépend du bon vouloir des chefs d’Etat et de Gouvernement.

Ne faut-il pas réserver une part plus importante du budget UE à de nouvelles priorités ?

Je ne suis pas hostile à une réorientation vers de nouvelles politiques ; je constate simplement qu’au moment où les Etats-Unis ont augmenté leur budget dédié à l’agriculture, où le Brésil double ses aides à l’agriculture, où la Chine accroît son soutien à l’agriculture, l’Europe serait la seule puissance économique à baisser la garde. Cela signifie que demain on dépendra davantage de productions extérieures, pour lesquelles on n’a ni les mêmes exigences ni les mêmes normes de sécurité. Quand vous avez une production intracommunautaire, vous pouvez contrôler de la fourche à la fourchette ; quand vous avez des importations, vous ne pouvez contrôler qu’au moment où la marchandise passe les frontières. Derrière le choix économique c’est aussi un choix de sécurité alimentaire qui se joue. Le principal devoir de l’agriculture européenne, c’est quand même de nourrir dans de bonnes conditions les 500 millions de citoyens européens. Sans cadre stabilisé, sans filet de protection, vous croyez qu’il y aura beaucoup de jeunes qui vont choisir de devenir agriculteurs ?

Un accord sur le budget européen post 2020 avant les élections européennes vous semble-t-il possible ?

Plus vite on sortira de l’imbroglio budgétaire mieux ce sera. Est-ce que cela me paraît jouable dans l’année qui vient ? Non. Les positions sont aujourd’hui trop éloignées. Un accord avant les élections me paraît utopique. C’est vrai que dans cette période de grands doutes sur la capacité de l’Europe à avancer, le fait qu’on ne soit pas capable de s’entendre très vite sur le futur budget et sur les politiques va accroître le doute. Cela dit, serait-il de bonne démocratie de prendre de telles décisions, qui portent sur sept années, à la veille d’une élection ? Je n’en suis pas certain.