—  11 septembre 2017

Discours de Michel DANTIN co-président du groupe de travail sur la position du PPE sur le futur de la PAC : Pour une agriculture européenne forte, durable et innovante

Copenhague, 4 septembre 2017 – Assemblée politique du PPE

 

Monsieur le Président, Cher Joseph,

Monsieur le Ministre fédéral, Cher Christian,

Mesdames et Messieurs Membres de l’Assemblée Politique,

Je tiens tout d’abord à remercier le Président Joseph DAUL de l’honneur qu’il m’a fait en me confiant la co-présidence de ce groupe de travail. Je tiens également à remercier Christian SCHMIDT pour sa confiance dans ce processus. Enfin je tiens à remercier tous ceux qui ont participé ou qui nous ont accompagnés dans  ce travail collectif, auquel ont contribué une trentaine d’expert,  qui vous est soumis aujourd’hui

La politique agricole commune est la première des politiques européennes. Au cours des 50 dernières années, elle a été le cœur de l’intégration européenne et elle doit le rester. Aujourd’hui le secteur agricole  emploie 44 millions d’européens et dégage 130 milliards d’euros d’exportations par an. Pour autant nombre de paysans ne tirent pas de leur activité un revenu décent.

Au fil de ses évolutions, la PAC a fait de l’Europe un leader mondial agricole en établissant les critères alimentaires, sanitaires, environnementaux et  climatiques les plus ambitieux au monde.

Nous devons le répéter, crise après crise, à celles et ceux qui malgré tout doute.

Néanmoins,  pour faire face aux enjeux de la mondialisation, de la sécurité alimentaire, du changement climatique et des demandes croissantes de nos citoyens, l’agriculture européenne devra de manière croissante produire plus avec des ressources limitées. La viabilité économique des exploitations agricoles, les défis économiques et sociaux des zones rurales et les enjeux climatiques et environnementaux pour l’Union européenne sont autant de défis que la PAC doit impérativement relever.

Parce que nous sommes le vieux continent, fort d’une présence humaine quasi généralisée, nous devons garder des territoires actifs, ouverts.

Afin d’accompagner les transformations et faire face aux défis de notre temps, nous avons besoin d’une agriculture forte, durable et innovante.

Alors que la Commission européenne lance les premières réflexions sur le futur du cadre budgétaire européen et sur  la future PAC, le document soumis aujourd’hui vous propose une ambition agricole renouvelée.

Fruit d’un an et demi de travail interne au PPE,  cette ambition est celle d’une PAC plus efficace, plus simple et plus juste.

En dépit de la diversité des territoires et des agricultures européennes, il convient de réaffirmer que la PAC est une politique commune. Elle est la garante du bon fonctionnement du marché intérieur des produits agricoles, d’une alimentation saine et équilibrée qui doit être accessible à tous. Toute renationalisation de cette politique est à proscrire, car elle aurait des conséquences funestes.

Mais la PAC doit évoluer : elle doit être simplifiée en ayant tout d’abord à l’esprit les agriculteurs ! Ils ne doivent être en aucun cas empêchés par la bureaucratie, les contrôles kafkaïens ou des règles ubuesques de faire leur métier : produire notre alimentation. En cela, les nouvelles technologies nous offrent une occasion d’avancer pour simplifier et moderniser la PAC.

La PAC doit être aussi efficace et apporter des réponses pour assurer la résilience du secteur agricole afin qu’il continue d’assurer notre sécurité alimentaire tout en faisant face à la volatilité des prix sur les marchés, l’augmentation des coûts de production et les aléas climatiques et sanitaire ;

En cela, les paiements directs sont légitimes comme éléments essentiels du revenu agricole. Ils doivent être maintenus et le PPE se doit de rejeter toute proposition de cofinancement du premier pilier.

Notre diagnostic est néanmoins qu’ils doivent être complétés de manière volontaire, mais croissante, par des outils de gestion des risques ou de type assurantiels pour faire face aux risques climatiques, sanitaires et économiques croissants.

Le PPE doit également défendre une nouvelle donne au sein de la chaine d’approvisionnement alimentaire, qui ne fonctionne pas de manière optimal. Réformer le droit de la concurrence, améliorer la transparence des marchés, renforcer l’organisation du secteur agricole et lutter contre les pratiques commerciales déloyales sont des objectifs essentiels.

Enfin, l’Union doit se doter d’un outil plus efficace pour faire face aux crises agricoles, nous proposons un fond de crise mobilisable facilement, qui serait placé en dehors du principe d’annualité budgétaire.

La PAC doit également permettre de renforcer la compétitivité et la durabilité du secteur agricole, le PPE doit assumer que la PAC est avant tout une politique économique et que sans durabilité économique du secteur et des territoires, les agriculteurs ne pourront pas remplir nos objectifs environnementaux et climatiques.

La PAC doit donc redevenir une politique d’investissement, de soutien au progrès scientifique, la recherche et l’innovation et d’accès au financement. Il convient d’accompagner les agriculteurs à remplir les exigences à la fois économiques et environnementales que la société attend d’eux.

Une PAC qui rend plus de liberté à ses paysans, c’est une Pac qui rouvre les portes de l’innovation à chaque paysan !

La PAC doit aussi adopter une nouvelle approche de ses outils environnementaux. La complexité de la mise en œuvre du verdissement de la PAC et la nature prescriptive de ces outils ont tué la capacité d’innovation du chef d’exploitation et crée de la défiance de toute part ! Néanmoins, nous n’avons pas d’outils alternatifs et le secteur agricole ne conteste pas la nécessité d’une agriculture plus durable. Il convient donc de remettre l’agriculteur au centre de cette politique. Le paiement vert doit donc être simplifié et orienté vers une politique plus territorialisée, laissant plus de place à l’innovation et fondée sur le résultat.

Les nouvelles technologies, l’agriculture de précision et le programme européen Copernicus sont des réponses aux enjeux de compétitivité et de durabilité du secteur agricole. La PAC doit faire de l’agriculture européenne la plus innovante et moderne au monde.

Enfin, la PAC doit continuer à assurer le développement des territoires européens et le renouvellement des générations. En cela, le PPE se doit de soutenir la déclaration de Cork 2.0 en faveur d’une politique de développement rural forte et des politiques plus ambitieuse en matière de renouvellement des générations. La transmission d’une génération à l’autre doit être favorisée via des outils existants et innovants.

Pour soutenir ces propositions et cette nouvelle ambition pour l’agriculture, il nous faut un budget qui doit rester à des niveaux suffisants. Toute nouvelle dépense de l’Union ne peut être financée par le budget de la PAC.

Bien que conséquent au niveau européen, le financement de la PAC ne représente que 0,4% de la dépense publique en Europe. Elle est néanmoins la seule qui n’a plus de pendant national, alors qu’elle remplit des objectifs alimentaires, sanitaires, économiques, sociaux, environnementaux et climatiques indispensable pour le futur de l’Europe.

La PAC a connu de nombreuse réforme au cours des 20 dernières années. Il existe une vraie demande des agriculteurs pour une période de stabilité.

Le Brexit aura des impacts importants sur le secteur agricole et il conviendra de les analyser en temps et en heure. Aussi, au lieu d’une réforme bâclée d’ici à 2019 et pour faire face aux enjeux actuels, le PPE doit se prononcer pour une vraie réforme d’envergure de la PAC, mais seulement en 2021-2022.

En tant que Parti Populaire Européen, nous avons toujours soutenu les agriculteurs, continuons à les soutenir dans le futur avec une PAC renouvelée, simplifiée et moderne pour une agriculture forte, durable et innovante.